Tapis kilim : origines, styles et comment l’intégrer chez soi
Le kilim est un tapis plat, tissé sans nœuds, par entrelacement des fils de trame sur les fils de chaîne. À la différence des tapis noués (persans, berbères), il est plus fin, plus souple, et se reconnait à ses motifs franchement géométriques. Sa tradition remonte à plusieurs millénaires en Asie centrale et s’est diffusée dans tout l’espace allant des Balkans à la Chine. Aujourd’hui, on trouve sous le terme « kilim » des pièces très différentes : voici comment distinguer les familles et choisir le bon.
Qu’est-ce qui distingue un kilim d’un tapis noué ?
Trois différences techniques majeures :
- Technique de tissage : le kilim est tissé plat par passage des fils de trame sur les fils de chaîne, sans nœuds. Le tapis noué (Persan, Berbère) a des milliers de nœuds noués un à un autour des fils de chaîne.
- Épaisseur : un kilim fait 2-5 mm d’épaisseur. Un tapis noué : 5-20 mm, parfois plus.
- Motifs : le kilim n’a pas de courbes. Toutes les formes sont reconstituées en lignes droites et angles, car la technique l’impose. Un tapis noué peut faire des courbes grâce à la densité des nœuds.
Le kilim est réversible : l’endroit et l’envers sont quasi identiques, seuls les petits fils cachés (la « lourdeur » du tissage) diffèrent. C’est un test d’authenticité simple.
Les grandes familles régionales
Kilims turcs (Anatolie)
Les plus célèbres dans le grand public. Motifs géométriques vifs : losanges emboîtés, hexagones, étoiles à 8 branches, elibelinde (figure stylisée de femme, symbole de fertilité). Palette colorée : rouge cochenille, indigo, ocre jaune, blanc ivoire.
- Formats typiques : 150×220 cm à 170×260 cm pour les kilims de vie quotidienne, plus grands pour les pièces de réception. Runners étroits très courants.
- Régions productrices : Konya (le plus connu), Manisa, Kayseri, Malatya.
- Prix indicatif : 300-1 500 € pour un 150×220 cm en laine, selon l’âge et la finesse.
Kilims persans (Iran)
Plus fins et plus raffinés que les turcs. Motifs plus élaborés, parfois combinant géométrique pur et représentations végétales très stylisées. Tons plus sobres : bordeaux, bleu ardoise, crème.
- Types célèbres : Senneh (très fin, quasi-persan noué plat), Bidjar (dense et lourd, appelé « kilim de fer »), Shiraz (motifs tribaux).
- Prix indicatif : 500-3 000 € pour un 150×220 cm, plus cher qu’un turc équivalent.
Kilims afghans (et d’Asie centrale)
Esthétique plus rustique, tribale. Motifs très géométriques, souvent sur fond rouge profond ou brun. Tissage plus épais que les turcs. Les kilims baloutches et turkmènes se rangent dans cette famille.
- Prix indicatif : 200-1 000 € pour un 150×220 cm.
- Attention : le marché des kilims afghans est très marqué par des faux ou des pièces patinées artificiellement pour imiter l’ancien.
Kilims marocains (hanbel)
Également appelés hanbel ou hambel. Issus de la même tradition que les tapis berbères, mais tissés plat. Motifs géométriques amazighs symboliques, souvent bicolores (crème et noir ou crème et rouge). Parfois brodés de pompons, fils métalliques ou cauris.
- Prix indicatif : 200-800 € pour un 150×250 cm.
- Pour les tapis noués berbères, voir : tapis berbère authentique.
Kilims des Balkans et d’Europe de l’Est
Bulgarie, Roumanie, Serbie ont une tradition de tissage plat. Motifs plus floraux que les kilims d’Orient. Plus accessibles en prix, souvent signés en villages d’origine.
Comment reconnaître un kilim authentique
- Réversibilité : un vrai kilim a un envers quasi identique à l’endroit. S’il y a une différence marquée (fils coupés, doublure collée, envers lisse synthétique), c’est un tapis machine ou imprimé.
- Irrégularités assumées : comme pour tout tissage artisanal, de petites variations existent dans les motifs et les dimensions (jamais rigoureusement rectangulaire).
- Matières : laine principalement, parfois coton pour la chaîne, soie sur les pièces fines.
- Densité du tissage : un bon kilim a un tissage serré qui résiste au passage du doigt entre les fils.
- Bordure et franges : les franges sont les fils de chaîne naturels, pas rapportés. La bordure est tissée continûment.
Intégrer un kilim dans sa déco
Dans un salon
Les kilims turcs colorés s’intègrent très bien dans les décorations bohèmes, éclectiques ou ethniques. Dans un intérieur plus contemporain, un kilim monochrome persan ou afghan apporte une touche artisanale sans charger. Pour les dimensions en fonction du canapé : taille tapis salon.
En entrée, couloir, sous bureau
Le kilim est idéal en runner (format étroit et long) pour les couloirs ou les entrées. Son faible épaisseur permet le passage des portes et ne gêne pas les chaises à roulettes sous un bureau. Voir : tapis d’entrée.
En superposition sur un grand tapis
La mode du layering (superposition de tapis) s’accommode très bien du kilim. Posé sur un grand tapis en jute, en laine ou sur une moquette, un kilim coloré apporte un point focal graphique et une épaisseur visuelle. Format typique de la superposition : 120×170 cm de kilim sur 240×340 cm de tapis base.
Au mur
Les kilims font d’excellentes tentures murales — c’est même leur usage historique dans certaines tribus nomades. Fixés sur une barre, ils habillent un pan de mur, améliorent l’acoustique d’une pièce et deviennent une pièce d’art textile.
Les avantages et limites
Points forts
- Prix accessible comparé aux tapis noués de même qualité.
- Faible épaisseur : pratique pour les portes, les meubles à roulettes.
- Réversibilité : double durée de vie en retournant après quelques années.
- Esthétique forte, signature déco immédiate.
- Entretien relativement simple.
Points faibles
- Moins confortable pieds nus qu’un tapis noué épais.
- Glisse plus facilement sur sol lisse, sous-tapis indispensable.
- Moins chaud thermiquement.
- Les franges longues peuvent se dénouer si elles sont tirées (enfants, aspirateur agressif).
Entretien
- Aspiration douce hebdomadaire, sans batteur rotatif (qui tire les franges).
- Retournement tous les 6 mois pour étaler l’usure des deux faces.
- Secouage trimestriel à l’extérieur pour déloger la poussière profonde.
- Nettoyage pro tous les 3-5 ans selon usage.
- Pour les petits kilims en coton : lavage main ou machine délicat à 30 °C.
Pour les méthodes détaillées par matière : nettoyage par matière.
FAQ — Tapis kilim
Kilim ou tapis berbère, lequel choisir ?
Tout dépend de l’usage : le kilim est plat, fin, graphique, idéal pour une pièce de passage, un bureau ou une superposition. Le berbère est épais, moelleux, chaud — pour un salon ou une chambre. Les deux peuvent cohabiter dans un intérieur, à des rôles différents.
Un kilim est-il résistant ?
Oui, plus qu’on ne le pense. Un kilim turc ou persan en laine bien tissé dure 30-50 ans en usage normal. Son faible épaisseur ne signifie pas fragilité — le tissage est très dense et la laine solide. Les franges sont le point de faiblesse (les éviter par l’aspirateur).
Comment distinguer un kilim artisanal d’un tapis imprimé qui imite le style ?
Retourner le tapis. Un vrai kilim a un envers identique ou quasi identique à l’endroit (c’est un tissage plat réversible). Un tapis imprimé a un envers totalement différent : uni, souvent en caoutchouc ou en tissu différent.
Combien coûte un kilim de bonne qualité ?
Pour un 150×220 cm en laine, artisanal authentique : 300-800 € pour un turc de qualité courante, 500-1 500 € pour un persan classique, 200-800 € pour un afghan, 200-500 € pour un marocain. Les pièces anciennes (> 50 ans) valent parfois beaucoup plus, comme pièces de collection.
Peut-on mettre un kilim dans une chambre ?
Oui, mais il sera moins chaleureux pieds nus qu’un tapis noué épais. Bonne option en chambre chaude (climat doux, chauffage central efficace) ou en superposition sur une moquette. Pour les dimensions en chambre : tapis chambre selon le lit.
Voir aussi : tapis berbère authentique, tapis persan authentique, comment choisir un tapis.